■ Luiza PALANCIUC sur le volume Privelişti | 1930 ■

10 août 2009 § Poster un commentaire

   Envues

 

Littéralement, le nom féminin roumain privelişte (pluriel privelişti) renvoie au champ sémantique de la perception visuelle. L’étymologie du mot en dit long sur la portée de la vision et de la spatialité: priveală (nom féminin sorti de l’usage courant, pl. priveli) – équivalent, à la fois, du regard et de l’action proprement dite (regarder), suivi du suffixe –işte. Par ailleurs, la locution adverbiale «în privelişte» signifie, explicitement, au vu de tout le monde, en public.

Il y a donc bien, chez Fundoianu, plus qu’un (simple) «paysage», lequel évacue cette corrélation de la vue et de la perspective spatiale. Car, dès son titre, Fundoianu plonge le lecteur dans l’univers visuel, avec une multiplicité d’issues, où l’œil se meut, couvrant et découvrant les figures et les lieux. Marges, vides, horizons, prairies, interstices, êtres vivants: par le regard, à travers le regard, comme si Fundoianu avait souhaité se donner du jeu et, ainsi, de l’espace. Une liberté que l’on conquiert lorsque l’on fixe le regard sur ce qui bouge, ce qui paraît, disparaît ou se fige. Cette omnipotence de la vue revient sans cesse dans le recueil; elle est souvent associée à des termes de mouvement: tomber, voler et s’envoler, s’échapper, saut, bond, fuite etc. Les occurrences de la vision sont nombreuses, et le regard devient, du coup, la possibilité de l’événement et, quelquefois, l’articulation d’un paysage, au sens propre du mot, quand la motricité se libère de toute motion.

L’expérience de vision accomplie par Fundoianu dans Privelişti oblige le lecteur à intérioriser une optique: il faut pouvoir multiplier tous les angles de vue potentiels sur un même objet, dans une sorte de rotation mentale, qui suppose des contours, des profondeurs et leur chorégraphie imagée. Une motilité même dans les instants où le tableau semble immobile. Vue donnant le branle au regard, pur élan et attardement à reconstruire au moment de la lecture. Tous les poèmes de Privelişti percent les espaces, dans un jeu des articulations, des mots placés pour arranger et déranger le visible, où les corps, comme les lieux sortent de leur finitude, irréels presque, à force d’être possibles.

Rivières de regards, l’air libre et la lumière: envues.

Luiza Palanciuc

| Peyresq, août 2007 |

 

| Ce texte a été diffusé à Peyresq, en août 2007, parmi les chercheurs présents lors des rencontres annuelles de la Société dÉtudes Benjamin Fondane. Il accompagnait la traduction en français de quelques poèmes choisis du recueil Privelişti, ainsi que de sa préface, écrite par Fundoianu à Paris, en 1929. Dominique Guedj en fit la lecture publique. |

 
 
Pour citer cet article:
Restitutio Benjamin Fondane https://fondane.wordpress.com/

Gratias agimus.

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